Canons magnétiques - voir page 197
l’institut franco-allemand de recherches de Saint Louis, ou ISL, est un important centre de recherche militaires. On y met des armes très sophistiquées au point, dans le plus grand secret. Mais les retombées intéressent aussi le civil. Voici quelques éléments de présentation.
Volker Wegner, Institut de recherche franco-allemand, Saint-Louis :
L’isolement dans lequel les chercheurs militaires travaillaient par le passé a beaucoup nui aux instituts, notamment en raison des rumeurs qui circulaient sur les études qu’on y faisait. Comme personne n’y avait accès, les gens ne savaient rien. En fait, on y fait de la physique, de manière générale, de la construction mécanique, de la chimie, etc. L’objectif est toujours d’aboutir à un produit militaire ; ensuite seulement on examine les éventuelles applications civiles.
Un des axes majeurs des recherches de l’ISL porte sur l’utilisation de la technique de l’impulsion d’énergie pour la conception d’armes laser et électromagnétiques. Ces systèmes d’armement nécessitent des quantités d’énergie très importantes et des tensions électriques très élevées. On teste actuellement un canon et un lanceur à bobine dans des conditions expérimentales.
Aujourd’hui, en cas de guerre, l’objectif militaire premier est de limiter au maximum ses propres pertes. Dans cette optique, il s’agit, par exemple, de prévenir au mieux toute attaque dirigée contre les chars, qui sont une cible particulièrement vulnérable.
Dans ce domaine, la technique de l’impulsion d’énergie de l’ISL est employée comme système de protection. L’utilisation d’une forte énergie électromagnétique permet d’accélérer le déplacement de plaques d’aciers qui vont intercepter les projectiles ennemis.
Klaus Sterzelmeier, Institut de recherche franco-allemand, Saint-Louis :
La protection active consiste à identifier un projectile en vol pour lancer une contre-mesure à l’aide d’un accélérateur extrêmement rapide.
On intercepte le projectile à l’aide d’un élément actif – un élément de protection. La collision a lieu loin du véhicule, au lieu de se produire à sa surface.
Cela permet de réduire considérablement la capacité de perforation du projectile ennemi.
L’utilisation de l’énergie électromagnétique n’est pas nouvelle. Mais son emploi ciblé dans l’armement est devenu possible avec les progrès réalisés dans la conservation de l’énergie, les nouveaux matériaux et la physique des particules. On teste actuellement les tous derniers développements de la technique de l’impulsion d’énergie. L’efficacité du système de protection repose sur l’alimentation en fort courant électrique.
A l’ISL, dans notre groupe de travail, nous étudions non seulement les lanceurs mais aussi les unités d’alimentation électrique, qu’on voit derrière. Ce sont des unités de formation de l’impulsion composées d’un condensateur et d’un commutateur semi-conducteur, qui nous permet justement de produire des impulsions électriques très brèves et très intenses. Pour ce lanceur, par exemple, nous produisons un courant d’un gigawatt pendant environ 30 microsecondes.
La plaque d’acier, fixée à une caméra ultrarapide, est lancée puis accélérée par électromagnétisme. Cette découverte de la recherche militaire pourra-t-elle s’appliquer un jour à la propulsion civile ?
Volker Wegner :
On doit veiller à pouvoir transférer dans le domaine civil les retombées secondaires faites par hasard dans le militaire et qui semblent transposables à ce marché.
Les propulsions classiques de fusées céderont ainsi peut-être la place aux systèmes de propulsion électromagnétique comme les lanceurs et les canons à bobine ou les catapultes électromagnétiques.
Le principe de propulsion du Transrapid est très proche de celui du canon à bobine, du point de vue physique. La différence est que, dans le cas du Transrapid, on utilise un champ d’ondes stationnaires progressives pour propulser le train. Dans le canon à bande, au contraire, on a recours à un champ pulsé d’ondes progressives monophasées. Mais ce sont deux systèmes comparables.
Les découvertes militaires profitent donc aussi au secteur civil. Mais ces techniques de pointe sont avant tout appliquées à la guerre. Pour cette raison, beaucoup de scientifiques considèrent la recherche militaire comme une arme à double tranchant.
http://www.abal.rma.ac.be/article.php?id_article=20
http://archives.arte-tv.com/hebdo/archimed/20010828/ftext/sujet2.html