L'enzyme dite "d'immortalité" ne rend pas les cellules cancéreuses
L'enzyme nommée télomérase, découverte en 1994 par un chercheur ontarien, aurait le pouvoir de rendre la cellule immortelle. Elle offre des possibilités inouïes: stopper les cancers et même - qui sait - faire vivre notre corps plus longtemps
WASHINGTON, 29 déc 1998 (AFP) - L'enzyme dit "d'immortalité", une substance qui permet aux cellules du corps humain de se multiplier à l'infini plutôt que de mourir lentement avec l'âge, n'augmente pas le risque de formation de tumeurs cancéreuses, affirment deux études parues mardi dans le mensuel Nature Genetics.
Annoncée il y a un an par des biologistes de l'université du Texas à Dallas et des laboratoires Geron de Menlo Park (Californie), la découverte de cette substance, baptisée télomérase, est considérée comme particulièrement prometteuse pour le traitement d'une large palette de maladies liées au vieillissement des cellules.
Toutefois, ce même télomérase est l'une des caractéristiques de la plupart des cellules cancéreuses, qui présentent la particularité de se diviser à l'infini. Les chercheurs craignaient donc que son introduction dans des cellules saines les rende malignes.
A en croire les études publiées mardi, cette crainte n'est pas fondée. "Nous démontrons clairement que l'ajout du télomérase dans les cellules humaines en culture ne provoque pas leur progression en cellules cancéreuses", a expliqué Woodring Wright, de l'université du Texas.
Au cours de ses travaux, l'équipe du docteur Wright est parvenue à multiplier des cellules humaines en laboratoire plus de 200 fois au-delà de leur espérance normale de vie sans causer l'apparition de cellules cancéreuses. Dans une étude parallèle, l'équipe du docteur Choy-Pik Chiu, de Geron, a constaté que l'ajout de télomérase dans les cellules de souris ne provoquait pas de tumeurs malignes.
"Les anormalités observées dans les cellules cancéreuses sont dues à d'autres mutations, le télomérase permet simplement aux cellules de continuer à se multiplier", a conclu M. Wright.
Pour d'autres chercheurs toutefois, ces études n'écartent pas l'hypothèse que cet enzyme puisse rendre, à long terme, les cellules cancéreuses.
A l'exception des cellules germinales --celles qui produisent le sperme et les ovules-- et cancéreuses, toutes les cellules humaines ne peuvent se diviser qu'un nombre défini de fois. A chaque division, certains morceaux de l'ADN de la cellules situés au bout des chromosomes, les télomères, se raccourcissent.
Lorsqu'un homme atteint l'âge adulte, ses cellules ne contiennent quasiment plus de télomères et commencent inéxorablement à vieillir. Dans leurs travaux publiés en janvier, les biologistes américains ont toutefois montré que la mort de ces cellules pouvait être évitée en y introduisant le télomérase, qui rallonge les télomères. "Ces découvertes (...) renforcent notre idée que la +télomérisation+ des cellules humaines normales sera utile à la recherche, au génie génétique, à la découverte de médicaments et au traitement des maladies", s'est félicité l'un des responsables de Geron, le docteur Calvin Harley.
Les auteurs de cette découverte estiment qu'elle pourrait être utilisée, à terme, contre le cancer en permettant la mise au point de substances qui bloquent l'action du télomérase dans les cellules malignes et provoquent ainsi la mort des tumeurs.
Le télomérase pourrait aussi, selon eux, servir à "immortaliser" les cellules responsables de la production de sang, d'insuline, de cartilage ou de muscle et ainsi traiter certains diabètes, les arthrites ou même certaines maladies cardiovasculaires.