dimanche, 20 février 2005

Extrait n°2

Siège du FBI, washington
23 H

C’était connu, la collaboration entre services américains n’était pas au beau fixe. Il y avait pourtant des moyens de s’arranger, pensa Ronald Parker. Le Directeur du département de cyber-criminalité du FBI, était un dur de dur, qui croyait à la concurrence dans la collaboration et à son inverse.

Ronald avait 53 ans, il avait le cuir endurci de ceux qui en ont vu d’autres et il en savait très long sur les petits secrets de l’Oncle Sam. A cinq ans de la retraite, il croyait avoir tout vu et s’il donnait souvent l’impression d’être un faucon, c’était un faucon blasé. Les compromissions d’Etat, les missions bidons, les plans secrets et violations des droits des citoyens pour raison d’Etat, il connaissait par cœur. Ronald Parker était même un orfèvre en la matière. Lui même était l’un des créateurs du programme Carnivore, lancé par le FBI dans le contexte d’explosion de l’Internet, pour espionner à une grande échelle les communications des particuliers. Il avait toujours soutenu et préféré les initiatives pratiques aux actions politiques. Autrement dit, il savait prendre les raccourcis et parfois même les tangentes.

C’était ce qui l’avait poussé à sécuriser, c’était à dire à détourner, des fonds secrets au fil des années et à s’en servir pour mener des actions que parfois même ses supérieurs ignoraient. Ronald représentait le dernier niveau hiérarchique des professionnels du renseignement : au-dessus de lui, les numéros Un et Deux du Bureau étaient des Politiques, qui ne faisaient pas toute leur carrière au FBI. Lui si. Ce qui lui laissait du temps pour agir en profondeur.

Le soir du premier novembre, alors qu’il s’apprêtait à se coucher, son téléphone déchira sa quiétude. Il avait connu celui qui l’appelait, un jeune fonctionnaire, lors de l’une de ces actions que le Congrès des Etats Unis ne connaîtrait jamais. Parker avait retourné cet agent employé par et à la NSA et en avait fait l’un de ses poulains payés sur les fonds secrets qu’il utilisait à discrétion. Son poulain l’informa de l’enquête ouverte à la demande des Européens sur un détournement de fonds d’une grande ampleur, intervenu ce jour.
Faut-il suivre le dossier ?
Le seul intérêt de l’histoire était à ses yeux que les Européens s’étaient cassé les dents sur un fichier soit disant indécryptable.
Que voulez-vous que je fasse, Monsieur ?
Rien, un follow up suffira. Lousy European technology, on ne va pas s’affoler. Tenez moi juste au courant.
Parker avait déjà oublié cette histoire lorsqu’il sombra dans le sommeil.